Diagnostic sport : Cap-Vert

Les jeunes de Calheta et le sport : entre passion pour la mer et défis d’égalité

En septembre 2025, une enquête quantitative de terrain a été menée dans le village de Calheta, sur l’île de Maio au Cap-Vert. Son objectif ? Analyser la pratique sportive des jeunes, avec un intérêt tout particulier pour les sports nautiques et leur relation avec l’océan. Au total, 71 jeunes âgés de 8 à 18 ans ont été interrogés, formant un échantillon presque parfaitement paritaire : 35 filles et 36 garçons (comprenant 30 enfants de 8 à 12 ans et 41 adolescents de 13 à 18 ans). Les résultats révèlent un réel enthousiasme pour l’activité physique, mais mettent aussi en lumière des inégalités et des contrastes frappants selon le genre et l’âge.

  1. Pratique sportive : un fossé qui se creuse à l’adolescence

À l’école, l’engagement est absolu : 100 % des filles et des garçons participent aux activités sportives scolaires, et tous expriment le désir d’en faire encore plus fréquemment.

C’est en dehors de l’école que les trajectoires se séparent :

  • Chez les enfants (8-12 ans) : Étonnamment, les filles se montrent plus actives que les garçons, avec 21,4 % d’entre elles qui pratiquent régulièrement un sport hors cadre scolaire, contre seulement 6,3 % des garçons. Le reste des enfants de cette tranche d’âge pratique « parfois ».
  • Chez les adolescents (13-18 ans) : La tendance s’inverse de manière spectaculaire. 55 % des garçons s’adonnent régulièrement à un sport, contre seulement 23,8 % des filles. Plus inquiétant encore, 9,5 % des adolescentes de cette tranche d’âge ne pratiquent plus jamais aucun sport.

Quels sont les freins ? Pour les filles, le principal obstacle est le manque de temps disponible (45,7 %). Elles expliquent devoir se consacrer de manière importante aux activités de la vie quotidienne, comme l’étude, les tâches ménagères ou la garde de leurs plus jeunes frères et sœurs. Viennent ensuite le manque de matériel (25,7 %) et l’absence de lieux appropriés (17,1 %). Du côté des garçons, c’est avant tout le manque de matériel qui constitue la barrière majeure.

  1. La relation avec l’océan : entre plaisir et maîtrise inégale

Vivre sur l’île de Maio façonne une relation forte avec l’Atlantique. Globalement, la mer évoque des émotions positives : elle est perçue par les jeunes comme un espace d’amusement (44,6 %) et de plaisir (21,6 %). Néanmoins, 23 % d’entre eux y voient un danger. Un petit groupe de garçons (6,8 %) l’associe également au « travail », en écho à leurs aspirations professionnelles futures liées à la pêche.

La régularité des baignades en mer montre de fortes disparités :

  • Les filles : Elles sont 88 % à nager au moins une fois par semaine, mais une seule fille déclare y aller quotidiennement. De plus, seules 40 % d’entre elles se sentent « très à l’aise » dans l’eau (40 % se disent « plus ou moins à l’aise » et 20 % expriment un manque d’aisance).
  • Les garçons : Ils sont 69,4 % à nager au moins une fois par semaine, mais près d’un tiers (30,5 %) s’y baigne tous les jours. Ils affichent une confiance plus affirmée : 63,9 % d’entre eux affirment se sentir « très à l’aise » en mer.
  1. Le grand défi des compétences en natation

Derrière le sentiment d’aisance se cache une réalité cruciale sur le niveau réel des jeunes :

  • Près de la moitié des filles (48,6 %) ne savent absolument pas nager. 40 % d’entre elles ont un niveau intermédiaire (« assez bien ») et seules trois filles se considèrent comme de bonnes nageuses.
  • Plus de la moitié des garçons (52,8 %) affirment bien maîtriser la natation, et 27,8 % affichent un niveau assez bon. Cependant, un garçon sur cinq (19,4 %) ne sait pas du tout nager.

Face à ce constat, l’espoir est de mise : 100 % des jeunes (filles et garçons confondus) partagent le souhait d’apprendre à nager ou d’améliorer leurs compétences. De plus, les filles manifestent un intérêt massif pour les sports nautiques, qu’elles aient entre 8 et 12 ans (71,4 %) ou entre 13 et 18 ans (66,7 %).

  1. Confiance et stéréotypes : les obstacles spécifiques aux filles

L’enquête a cherché à comprendre pourquoi les filles font face à des barrières spécifiques pour accéder au sport. Les réponses varient selon leur maturité :

  • Pour les filles de 8 à 12 ans : Le premier frein est le manque de confiance en soi (50 %), suivi par la gêne liée aux vêtements ou au maillot de bain (28,6 %) et l’absence d’incitation (14,3 %). Les interdictions familiales ne représentent que 7,1 %.
  • Pour les adolescentes de 13 à 18 ans : Le manque de confiance en soi (33,3 %) est ici à égalité avec les interdictions sociales ou familiales (33,3 %). Les contraintes vestimentaires (23,8 %) et le manque d’incitation (9,5 %) restent des freins notables.

(Note : La grande majorité des garçons n’a pas souhaité ou su répondre à cette question spécifique).

  1. Temps libre et ambitions : des quotidiens genrés

Le temps consacré aux loisirs met en lumière une autre inégalité : les filles n’y consacrent en général moins de 2 heures par semaine. Les garçons disposent de beaucoup plus de temps libre. Chez les adolescents de 13 à 18 ans, si 40 % ont moins de deux heures de loisir, 30 % en profitent entre 6 et 10 heures par semaine.

Pendant ce temps libre, les choix d’activités se partagent ainsi :

  • Les jeux de société / cartes : C’est l’activité numéro un (31,64 % des réponses), plébiscitée surtout par les 8-12 ans.
  • Le football : Il représente 24,05 % des citations et reste l’apanage des garçons (faisant écho à la statistique nationale où 40 % des Capverdiens pratiquent ce sport).
  • Les activités de la vie quotidienne : Elles représentent 22,78 % des choix et sont principalement portées par les filles (dessin, lecture, promenades, devoirs, etc.).
  • Les jeux vidéo et réseaux sociaux ne représentent que 7,9 % des choix généraux, et les activités aquatiques (baignade, pêche de loisir) ferment la marche avec 8,86 %.

Enfin, les aspirations professionnelles reflètent encore des schémas traditionnels :

  • Devenir joueur de football professionnel fait rêver 22,2 % des élèves (exclusivement des garçons).
  • Les métiers de la sécurité (police) attirent 26,3 % des jeunes, affichant une quasi-parité entre les sexes.
  • Les carrières dans la santé (15,2 % comme médecins ou infirmières) et dans l’enseignement sont majoritairement choisies par des filles.
  • Les métiers techniques et manuels restent exclusivement masculins, tandis que les secteurs de l’art, des médias et des services sont uniquement sélectionnés par des filles.

Conclusion : Un potentiel immense à exploiter

Malgré ces différences de parcours et ces barrières culturelles, une formidable note d’espoir réunit cette jeunesse : la quasi-totalité des jeunes interrogés partagent une vision résolument optimiste de leur avenir.

Ce diagnostic territorial met en évidence un potentiel de développement exceptionnel pour les activités sportives et nautiques sur l’île de Maio, et plus spécifiquement à Calheta. La forte motivation exprimée par les jeunes, et en particulier par les filles, constitue un levier d’action incontournable. Pour transformer cet essai, il sera désormais essentiel de lever les freins matériels et de mettre en place des programmes d’apprentissage de la natation inclusifs et sécurisés, afin d’offrir à chaque enfant un accès équitable aux richesses de son environnement maritime.

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